La communication financière fait sa (bonne) révolution

Le petit monde des grandes sociétés cotées est en émoi tant l’affaire est d’importance pour ceux qui font métier de communiquer chiffres, analyses et commentaires plus ou moins alambiqués aux actionnaires, investisseurs et observateurs de la place financière. La communication réglementée évolue une nouvelle fois ! Le rapport annuel financier (RFA pour les initiés) n’est plus le Document de Référence mais le Document Universel d’Enregistrement (URD en anglais pour Universal Registration Document). L’Europe, jamais en retard quand il s’agit de certaines réformes, est passée par là et impose un format de déclaration électronique dans lequel les émetteurs des marchés réglementés de l’UE doivent préparer leurs rapports financiers annuels pour les exercices financiers commençant le 1er janvier 2020 ou après.

Du coup, l’ESEF (European Single Electronic Format), pour l’appeler par son petit nom, est dans toutes les têtes bien faites des équipes de consolidation et des auditeurs qui multiplient les rencontres, séminaires et meeting de tous ordres pour se demander comment réussir, sans coup férir, à tagger cinq tableaux financiers. Sur le plan technique, l’AEMF (Autorité européenne des marchés financiers) a été chargée d’élaborer des normes techniques réglementaires (RTS) pour spécifier ce format de déclaration électronique et elle édite une taxonomie pour que chaque émetteur identifie par un langage informatique commun, le XBRL, ses informations financières qui pourront ensuite être reconnues, traitées et présentées de différentes manières selon le type d’utilisation souhaité.

C’est à la fois tout bête –c’est finalement d’un plan comptable européen dont on parle–, complexe –il y a des milliers de lignes comptables à organiser–, ambitieux –on va enfin parler la même langue européenne sur le plan comptable– et formidablement inscrit dans les exigences de notre époque. J’en distingue deux, majeures à mon sens.

La première est de laisser à l’ordinateur ce qu’il sait faire de mieux (compter, classer, ordonner, comparer, dashboarder…) à la vitesse approximative de la lumière tout en s’obligeant à publier des rapports lisibles par des humains. L’intention de la Commission européenne est sans équivoque à ce sujet : the annual financial reports will always be human-readable and, when marked-up with iXBRL, machine-readable as well. J’y vois la conviction que la capacité d’appréciation d’une valeur exige une vision humaine synthétique et parfois intuitive que la seule machine n’est pas capable de fournir. Et je m’en réjouis.

La seconde est de contribuer, façon révolution tranquille et déterminée, à servir l’intérêt public en favorisant la confiance, la croissance et la stabilité financière à long terme dans l’économie mondiale. L’ESEF n’est en effet rien d’autre qu’un moyen de développer des normes qui apportent transparence, responsabilité et efficacité aux marchés financiers du monde entier. Et je m’en réjouis.

C’est ainsi que, l’air de rien et sans manifestations dans la rue, après avoir échoué dans sa capacité à s’autoréguler suite à la fin des accords de Bretton-Woods, après avoir subi de nombreux scandales, après avoir généré des crises graves, la finance, grâce à la communication réglementée des valeurs cotées, va retrouver de solides raisons de soutenir l’économie plutôt qu’en exploiter les failles. Nous verrons bien si ce n’est qu’un vœu pieux !

Denis Allard,
président de l’agence Brief

In this article